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TERRESTRES

ESSAI DOCUMENTAIRE

de Jean-Philippe Derail & Thierry Grapotte

2025

 

LE CONTEXTE DE CRÉATION DE CE FILM
En juin 2021, Thierry et moi quittons notre habitation parisienne et emménageons dans la maison que nous venons d’acheter à Lormes. Passer de Paris à Lormes n’est pas anodin. En venant vivre ici nous sommes en quête d’un contexte de vie qui tend vers nos aspirations actuelles, nos croyances, nos idées, nos points de vue politiques et humains. L’échelle de la ville n’est pas la même et nous passons d’individus anonymes par
mi le nombre à des personnes rapidement identifiées. Ce changement d’échelle redéfinit les rapports sociaux. C’est tout un fonctionnement qui en est bouleversé et qu’il nous faut reconsidérer. Les différences et l’altérité sont re-questionnées.
Le monde change, vite, très vite. Les menaces avancent, vite, très vite. Et Thierry et moi savons profondément que nous devons continuer à bouger dans nos façons de faire, d’être, de travailler et de continuer à chercher, expérimenter, autrement, ailleurs. Le projet du film
TERRESTRES (initialement intitulé TERRITOIRES) arrive dans ce même temps. Il s’impose parce que nous sommes venus nous installer ici, pour vivre à Lormes, dans le Morvan. Mon film précédent HOME AND PLACES n’était pas prévu, la nécessité de le fabriquer est arrivée sur place, là-bas, en Californie-USA où j’étais durant trois mois, à l’automne 2016, en résidence sur un projet avec l’artiste chorégraphique Ghyslaine Gau. La démarche et les préoccupations qui m’ont animé sur ce film se prolongent ici avec TERRESTRES que je considère alors comme une suite : Quelles relations entretenons-nous avec nos habitats ? De nos corps à nos maisons - de nos villes à nos régions - de nos pays à notre monde - territoires intimes autant que géographiques.
La nécessité de réaliser TERRESTRES s’allie d’emblée à l’évidence de penser, tourner et fabriquer ce film avec Thierry. Cela n’a pas le même sens si je fais ce film seul, car il nous concerne tous les deux. Pour son regard aussi, sa manière d’accompagner un projet artistique, de le nourrir, de l’enrichir, je lui propose cette aventure. Il l’accepte.

DES PAROLES D'HABITANTS - AU SON
Nous souhaitons recueillir les paroles de personnes qui habitent Lormes bien sûr mais aussi et surtout alentour : le Morvan et le Pays Nivernais. Discuter avec des personnes qui vivent ici depuis toujours, celles et ceux qui y sont né.e.s. Mais aussi avec celles et ceux qui sont parti.e.s puis revenu.e.s. Et encore celles et ceux qui, comme nous, arrivent d’ailleurs, d’une autre ville ou d’un autre pays, depuis plus ou moins longtemps.

Qu’est-ce que ça signifie de vivre ici ? Pourquoi on y vient ? Pourquoi on y reste ? Ou pourquoi on y revient ? Que produit cette vague de nouveaux arrivants dont nous faisons partie ? Quels points de vue sur ce monde qui change, vu d’ici ? Comment les menaces y sont-elles perçues, qu’elles soient climatiques, économiques ou politiques ?
Nous proposons ces interviews à des personnes que nous croisons, des personnes qui nous intriguent, nous touchent, nous questionnent. Un artisan, une commerçante, un jeune compositeur-interprète, un couple quarantenaire, une jeune femme qui voyage dans le monde mais qui revient tous les ans à Lormes y étant attachée de part sa famille … Des générations, des origines, des histoires, des parcours différents qui pour chacune et chacun définissent une relation singulière à ce territoire. Territoire qui sera délimité par ces rencontres : de Corbigny à Chênesaint, de Chaumot à Ouroux-en-Morvan, d’Avallon à Gacogne et de Bazoches à Clamecy …

DES PORTRAITS D'HABITANTS - À L'IMAGE
En parallèle, nous voulons faire le portrait d’habitants, d’autres habitants. Nous allons rentrer chez elles, chez eux, pour en faire un portrait, comme on le fait en photographie ou en peinture, mais un portrait filmé, un portrait qui bouge, un portrait vivant et silencieux.


LE MONTAGE
J’écris mes films au montage et je vais ici créer un récit, une trame, un tissage, en imbriquant ces paroles recueillies. Puis mettre en regard ces points de vue, ce récit, avec les images glanées de ce territoire. Le portrait d’un lac sous le soleil ou dans le brouillard. Des corbeaux en nombre dans un champs. La traversée d’un agriculteur sur son tracteur. Les vibrations de la lumière sur la mousse dans la forêt … Une série de maisons, des habitations vues de l’extérieur, en hiver et au printemps. Les portraits des habitants chez eux, sur leur canapé, un lit, une terrasse, un jardin …
Comment faire résonner ces paroles, ces pensées, avec ces images ? Comment les unes viennent nourrir les autres sans pour autant s’illustrer mutuellement ? Comment au contraire faire en sorte que les images soutiennent ou décalent ces paroles ? Poursuivre mon exploration d’un montage à logique poétique, une mise en rapport d’éléments à priori disparates, une organisation d’images et de sons fragmentaires en une unité organique. Le fragment, l’hétérogène, la discontinuité et la rupture sont des éléments caractéristiques du montage soviétique et, la plupart du temps, du cinéma expérimental et du film-essai. Ils sont aussi, de mon point de vue, ceux qui traduisent la logique de la pensée mais aussi la fracture et la dimension chaotique, instable et précaire du monde contemporain.

LA DÉMARCHE
Depuis quelques années, je cherche à ne plus mettre en scène mais à regarder, écouter ce qui est là devant moi. Car tout est là. J’observe et je cadre. Je cadre et j’observe. Ma caméra devient le témoin d’une scène dans le réel. Cherchant à intensifier les instants fugaces de la réalité, je filme de longs plans fixes pour laisser apparaître dans le cadre de micro-évènements, des détails, du vivant. Des plans séquences qui permettent au spectateur de faire circuler son regard dans l’image. Lui donner du temps. Lui laisser de la place. Je filme des femmes et des hommes comme s’ils étaient des paysages. Je filme des villes et des paysages comme s’il s’agissait de portraits.
Nous souhaitons, en fabriquant ce film, rencontrer davantage les gens d’ici, rentrer chez eux s’ils le veulent bien, discuter avec eux et les filmer, les écouter, les inclure de cette manière dans le processus pour faire avec eux. En tous cas les rencontrer.
Si nous abordons une problématique politique et sociologique, notre approche est avant tout sensible. Nous ne sommes ni journalistes, ni sociologues. Et nous n’allons pas chercher à être exhaustifs quant à la pluralité de nos rencontres. Nos choix se font de manière totalement intuitive. Je vais vers une personne comme vers un paysage, parce qu’elle m’attire, parce que je sens une singularité, voire une familiarité et parce que j’ai envie de la filmer. Nous aurons certainement des surprises. Et nous nous laisserons déplacer par ces rencontres. Nous ne serons pas sur un documentaire classique, encore moins sur un reportage mais sur une forme cinématographique au croisement de l'essai filmé, du documentaire, du poème et du journal intime.
Je cherche à créer un environnement de sensations, d’émotions, de pensées avec des images et des sons.

 

 


La durée estimée du film est de 60 minutes avec une sortie possible en 2025.

Deux expériences différentes autour du film TERRESTRES, en cours de tournage et de fabrication, ont été proposées lors de la soirée La Nuit des Hauts de Lormes sous les Toiles, le 13 août 2023, dans le cadre des Portes Ouvertes des Ateliers d’Artistes de Lormes puis lors d’une carte blanche proposée par le Nouveau Studio Théâtre de Nantes - IL N'Y AURA PAS DE MICRO - le 9 septembre 2023 :

Ebauche - TERRESTRES : une esquisse, un essai, une forme courte et particulière (10')

Derush - TERRESTRES : une exposition cinématographique qui propose de faire l’expérience du montage à partir d’une sélection de rushes. 9 projections simultanées et de durées différentes de rushes qui viennent se rencontrer, se percuter, résonner, augmenter la parole, la déplacer ou la décaler dans une boucle d’une dizaine de minutes qui n'est jamais vraiment la même au fur et à mesure de la journée.

Image : Cretie & John - La Salle de Bain - Lormes

 

© jean-philippe derail

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